Le musée des Confluences

On l’attendait depuis 15 ans ! Alors j’étais tout content d’aller visiter ce monument lyonnais, un des grands équipements muséographiques contemporains.

Las ! La déconvenue était malheureusement au rendez-vous.

Ce n’est pas tellement le bâtiment qui est en cause, quoique… une grande bâtisse de métal plantée au bord de l’autoroute, avec des surfaces de circulation démesurées par rapport aux surfaces d’expo, une signalétique microscopique pour ne pas dire absente, un sens de visite qui défie l’entendement (heureusement un personnel nombreux et souriant oriente le visiteur égaré)… La brasserie qui est fermée à 14h impose de combler la petite faim qui vient dans l’après midi par un sandwich que même la SNCF, n’ose plus vendre à des voyageurs désabusés.

Au fait, il paraît que Lyon serait la capitale de la gastronomie française ? On rigole ! Mais le ventre creux. Et il nous revient à l’esprit le souvenir de cafétérias somptueuses dans les grands musées nord-américains…

C’est plutôt au niveau des expositions que le bât blesse. L’équipement est vendu depuis des années comme un centre d’interprétation qui interroge notre présent, notre vie en société avec des thématiques annoncées comme « D’où venons-nous ? »,  « Qui sommes-nous ? » , « Que faisons-nous ? », « Où allons nous ? »… un programme alléchant en prise avec les questionnements contemporains.

Mais il faut bien vite déchanter tant les thématiques et leur mise en discours sont indigents, ligotés par des collections qui s’imposent pour le plaisir de s’imposer.

Au XXIe siècle, cela se saurait si les expositions sociétales problématiques devaient se contenter de s’appuyer sur des collections d’objets !

Les quatre espaces permanents présentent donc des tombereaux de collections techniques, ethnologiques ou naturalistes directement issues de l’ex-musée Guimet et de l’ex-muséum d’histoire naturelle. On sent bien que ce sont les conservateurs qui ont eu le pouvoir. Peu importe ce qu’on a à dire pourvu qu‘on le montre avec des collections (remarquables au demeurant). Et les muséographes qui auraient du porter le discours sont absents de ces installations dont la scénographie se demande bien ce qu’elle va pouvoir faire de tout ce fatras. Alors elle socle. C’est un festival de socles forts bien réalisés, mais là n’est pas le problème.

Il y a aussi, d’un point de vue muséographique de multiples aberrations : des multimédias abscons, des dispositifs mystérieux, une absence de hiérarchisation des messages flagrante, un manque de fil conducteur qui incite le visiteur à errer en se demandant ce qu’il fait là au milieu de tant de beaux objets muets.

La séquence « D’où venons-nous ? », prend le parti de remonter dans le temps depuis notre présent jusqu’aux début de l’univers. L’intention est louable, mais le traitement est confus, sans repères chronologiques affichés, avec des incises thématiques comme la théorie de l’évolution ou les techniques d’observation qui semblent être là seulement pour profiter de belles collections. La scénographie de plateaux à fossiles ne dit rien de la magie des espaces infinis ou de l’excitation de la découverte. Ah si, un point positif, c’est la confrontation entre les représentations des visions du monde par d’autres civilisations en regard de notre démarche scientifique.

 

« Qui sommes-nous ? » qui traite des espèces donne le tournis. Mais que veut-on exprimer avec ces murs de papillons, d’oiseaux, ces théories de mammifères africains… Que les espèces sont nombreuses et variées. Oui, mais on le sait ! Que l’homme fait partie de la nature ? 500 m2 pour ça, c’est un beaucoup! C’est vrai que les socles aux facettes furtives laquées noir sont très beaux, mais ça ne remplace pas ni un discours intéressant et structuré ni une mise en valeur scénographique. On ressort de là avec pas mal d’interrogations, mais pas les bonnes.

 

« Que faisons-nous ? » ou la construction de la société est découpée en « Echanger », « Créer », « Organiser » est encore une fois indigente dans le discours. Sur de beaux socles (encore) des multitudes d’objets sont placés pour tenir raconter une histoire qui n’existe pas. On se perd dans les détails, rien n’est problématisé et certains textes beige foncé sur beige clair sont d’une ravissante illisibilité.

« Où allons nous ? », traite de l’éternité et donc de la mort. Mais ne cherchez pas une réflexion sur nos interrogations contemporaine sur l’acharnement thérapeutique, l’euthanasie ou le suicide assisté. Non, rien de tout cela, mais un tour d’horizon complet des pratiques funéraires aux travers des âges et des civilisations, où l’on retrouve l’inévitable momie, la tombe antique, les vases funéraires, les rites africains… Et dans cette visite, l’éternité c’est long, surtout vers la fin ! La scénographie de petites alcôves noires séparées de cloisons de métal perforées donne l’impression de cheminer dans une nécropole sans mystère.

Et je suis reparti tête basse.

Mais comment vont être traités ces mêmes thèmes dans l’exposition permanente du futur Musée de l’homme ? C’est à suivre en octobre 2015.

  • Partager cet article :
  • Facebook
  • Twitter
  • Delicious
  • Digg

Répondre

— required *

— required *